*** Cochin ***
Il s'agit là, et de loin, du tronçon le plus
spectaculaire des Catacombes de Paris. Deux grandes raisons en sont la cause
: tous d'abord un site qui au départ est remarquable du fait de la richesse
et de la qualité des confortations et inscriptions ; puis ensuite, un
énorme travail de protection, restauration et mise en valeur par l'association
qui le gère (la SEADAC).
A l'origine, ce sont d'anciennes carrières du 12ème siècle
en piliers tournés (30% de la pierre de Notre-Dame
y aurait été extrait). Ainsi, rencontre t'on aujourd'hui de nombreux
piliers tournés qui servent de base au maintient de la carrière
; ils sont aujourd'hui rarement individualisés car encastrés dans
les déblais de comblement et les murs de soutainement. Mais l'IGC
et son prédécesseur Dupont y ont effectués, à partir
de 1776, des travaux de consolidation importants et de qualité : comblement
des vides issus de l'exploitation d'origine (sur 4 à 5 mètres
de hauteur) ; édification de murs et pilers de soutainement ; aménagement
de galeries en vôutes, ogives, encorbellements
; installation d'escaliers d'accès ainsi que de puits d'aération.
Mais la grande merveille est bien entendu constituée par la Fontaine
Sainte-Marie, édifiée à l'origine pour alimenter en
eau les équipes IGC de l'époque. Elle est composée d'un
escalier circulaire menant à la nappe phréatique ; d'une échelle
d'étiage finement graduée, de plus de 3m de haut ; d'un pavement
circulaire maçonné avec piliers de soutainement. Un astucieux
système d'éclairage fait resortir les couleurs bleue-vertes des
"profondes" eaux phréatiques. A quelques pas de là,
l'architecte de cette oeuvre a tracé au fusain l'épure de cette
fontaine (en quelques sorte le schéma technique préparatoire à
la construction)
Autre curiosité exceptionnelle du réseau de Cochin, il s'agit
de la présence de rares fleurs de lys (royales) sur 2 plaques en calcaire.
On sait aujourd'hui qu'elles ont été apposées en 1783,
puis enlevées en 1793, lors de la Révolution, par les mêmes
ouvriers qui les avaient sculptées. Sur plus de 200, seules 4 sont parvenues
jusqu'à nous, dont deux sont présentes ici. Une
est autochtone et aurait été dégagée lors de
récents travaux de déblaiement en fond d'une galerie ;
l'autre proviendrait de sous l'Observatoire de Paris ( la face de la plaque
comportant la fleur de lys était retournée dans le mur ; l'autre
face avait été regravée à nouveau, mais cette fois
sans fleur de lys).
Autre curiosité, c'est la présence d'un puits
d'aération trapézoïdal avec en avancée une magnifique
voûte maçonnée. Il faut également signaler qu'une
partie des galeries a été aménagée en abri de défense
passive lors de la seconde guerre mondiale pour le personnel et les malades
de l'hôpital : hauts murs droits à joints cimentés et escalier
en colimaçon le constituent.
Il faut ici grandement féliciter le travail de la SEADAC qui, depuis
plus de 20 ans, protège, restaure et travaille à la création
d'un musée de terrain particulièrement pédagogique. Ainsi,
un agréable système d'éclairage qui plus est, estétique,
facilite la visite et met l'ensemble en valeur. Des mannequins en tenues d'époque
miment des scènes en relation avec l'histoire des lieux (carriers, moines).
Murs et piliers de soutainement IGC sont restaurés progressivement. Les
plaques sont nettoyées et remises dans leur état d'origine malgrés
parfois quelques imprécisions : renoircissement des inscriptions quelquefois
hasardeux et baveux.
Remarque : on peut s'interroger quant à la présence en
ces lieux de plaques allochtones issues de ... l'ancienne rue de Seine (actuelle
rue Cuvier), de la rue de la Santé, de sous l'Observatoire. Mais on peut,
avec sympathie, considérer qu'elles sont ici en sécurité
vis à vis des dégradations extérieures. Il ne faut cependant
pas perdre de vue qu'un témoignage du passé n'a véritablement
de valeur et ne donne le maximum d'information que dans son contexte, c'est
à dire en restant sur son lieu d'origine. Mais le remarquable et "unique"
travail de préservation et de mise en valeur du patrimoine souterrain
effectué ici par la SEADAC, depuis maintenant plus de 20 ans, compense
grandement ces légers dérapages que nous souhaiterions voir rester
limités.
